Fin septembre, le thermomètre affiche encore 30 °C dans une grande partie de la France. L’été indien s’installe sous l’effet d’un air venu d’Espagne et du Maghreb, avec un ciel sans nuage. Le calendrier, lui, semble ne plus compter.

Après l’été le plus chaud et le plus sec jamais enregistré (53 jours de vague de chaleur et un déficit de pluie proche de 40 %), septembre 2026 s’apprête à battre des records également.

Les citadins épuisés, les agriculteurs inquiets et les forêts sous vigilance ne sont pas les seuls à subir cette situation. Les abeilles, syrphes, papillons, hérissons, merles, mésanges et rouge-gorges sont eux aussi fragilisés. La sécheresse s’éternise au moment où cette petite faune devrait constituer ses réserves, prendre du poids, trouver des abris et préparer la mauvaise saison. Or les points d’eau habituels des oiseaux se sont évaporés depuis juin.

La bonne nouvelle : quelques gestes simples peuvent transformer un jardin en oasis. Voici cinq actions concrètes :


1. Offrir de l’eau — partout, tout le temps

En période de sécheresse, l’eau devient le facteur limitant de tout le jardin. C’est le geste numéro un : à lui seul, il peut sauver le plus de vies.

  • Pollinisateurs — Installez une coupelle peu profonde remplie d’eau, avec des galets ou une éponge posés à fleur d’eau. Les abeilles et les syrphes ne peuvent pas boire sur une surface libre : ils ont besoin d’un point d’appui sec pour se poser sans se noyer. Changez régulièrement l’eau pour éviter les moustiques.
  • Oiseaux — Proposez une baignoire peu profonde dans une zone dégagée, loin du buisson où guette le chat. Une branche de repli doit rester à proximité. Nettoyez régulièrement le point d’eau pour éviter la propagation de maladies.
  • Hérissons — Déposez une assiette d’eau au sol, contre un mur ou sous une haie. Ne donnez jamais de lait. En cas de chaleur extrême, des croquettes pour chat peuvent compléter un régime appauvri par la sécheresse, car les vers de terre et les limaces restent en profondeur.

2. Garder le sol vivant sous le paillage

Un sol nu en période de sécheresse devient un désert microscopique. Sa couche superficielle, qui abrite les vers de terre, les cloportes, les carabes et le mycélium, meurt ou s’enfuit. Avec elle, c’est toute la base de la chaîne alimentaire du jardin qui s’effondre.

  • Pailler — Utilisez du BRF, des tontes séchées, des feuilles ou du carton, sur une épaisseur de 5 à 10 cm. Installez ce paillage au pied des vivaces et des arbustes, ainsi que sur les planches potagères. Il conserve l’humidité, régule la température et nourrit la microfaune en se décomposant.
  • Arroser avec priorité — Arrosez de préférence le soir et concentrez vos apports sur les zones refuges plutôt que sur la pelouse. Une pelouse jaunie reverdit ; un sol stérilisé, lui, ne se remet pas en une saison.

3. Suspendre le grand nettoyage d’automne

Dans un automne aussi doux, les auxiliaires ne sont pas encore entrés en dormance. Le calendrier habituel du jardin (ramasser les feuilles, rentrer les tas de bois et nettoyer les massifs) risquerait de détruire des abris encore habités.

  • Conservez les tiges sèches des vivaces : les syrphes, les abeilles solitaires et les coccinelles y hivernent.
  • Laissez les feuilles mortes en couche au pied des haies et dans les coins du jardin. Les hérissons y construisent leur nid d’hiver et les insectes décomposeurs y trouvent refuge.
  • Ne déplacez pas les tas de bois et de pierres, afin de laisser leurs locataires tranquilles.
  • Laissez les fruits tombés au sol : les pommes et les poires abîmées nourrissent les merles, les guêpes reines et les papillons en fin de saison.

4. Nourrir les pollinisateurs de la dernière chance

Avec la sécheresse, la floraison s’est écourtée : les plantes ont brûlé leurs fleurs en juillet plutôt qu’en septembre. Pourtant, les pollinisateurs encore actifs ont toujours faim.

  • Ne taillez pas le lierre maintenant. Il fleurit justement à cette période et constitue la dernière pompe à nectar de l’année. Sa floraison, discrète mais mellifère, nourrit les abeilles, les syrphes et les papillons avant l’hiver. Ses baies noires alimentent ensuite les oiseaux en plein hiver.
  • Laissez aussi les sedums, ou orpins d’automne, et les asters en place. Les fleurs fanées qui portent des graines doivent rester disponibles : les ciseaux peuvent attendre.

Il reste une action utile à mener dès maintenant : noter, pour les futurs automnes chauds, les plantes qui ont le mieux traversé la saison. Les planter en masse permettra de construire la résilience du jardin pour les décennies à venir.


5. Fabriquer des refuges contre la chaleur

  • Une pierre plate à demi enterrée, dans un coin de massif, offre aux lézards des murailles de la fraîcheur pendant la journée et un lieu d’hivernage ensuite.
  • Un abri pour hérissons — caissette retournée ou tas de branchages — doit être installé à l’ombre, avec une entrée orientée au sud-est.
  • Zéro produit phytosanitaire. Un organisme affaibli par la soif ne survit pas à un insecticide, même « autorisé ».

Conclusion : jardiner pour l’automne qui vient

Ce que vit la France depuis juin n’est pas une anomalie passagère, mais un avant-goût des saisons à venir. Les climatologues nous le répètent : dans une France à +2,7 °C, l’été 2026 restera parmi les étés les plus secs ; à +4 °C, il deviendrait un été ordinaire.

Le jardin a donc un nouveau rôle à jouer : celui de refuge. Chaque point d’eau, chaque tas de feuilles et chaque lierre que l’on laisse fleurir devient une micro-réserve de biodiversité. À l’échelle d’un quartier, d’un bourg ou d’une ville, ces refuges peuvent se relier en corridor. La France compte 1 million de jardins privés : autant d’oasis potentiels, auxquels pourraient s’ajouter les balcons et les terrasses.

Profitons de cet été indien pour prendre une bonne habitude : jardiner aussi pour ceux qui ne le demandent pas.